Tout a été dit.Tout a été écrit. Même cette entame de chronique sonne le réchauffé à plein nez. Plutôt à pleins tubes ! Qu’importe. Je suis entré dans la maison du Fun pour ne plus jamais en ressortir… Indemne. Sec et sexuel, le son des Stooges est ainsi fait, défait, trituré dans cette lave métallique et fusionnelle qui s’étale en giclures rouges sur la pochette de Fun House. On aura tout dit, on avait déjà tout chanté, hurlé pendant ces sixties flinguées où les volutes doo-woop pouvaient croiser sur les ondes des harangues rock en provenance de Détroit. Comme le Velvet de New York, les Stooges appartiennent corps et âmes à Détroit. Dirt le prouve. Blues laminé, sale, dépositaire d’une désespérance noire, urbaine, presque industrielle. Et pourtant, Fun House a été enregistré à LA. On est loin des palmiers, de Venice Beach, d’Hollywood et surtout du son californien, plus moelleux, plus psyché. Tout dans ce disque est tendu, urgent, resserré. Les musiciens jouent comme s’ils gravaient leur dernier album. Pas si faux. Après Raw Power, les choses ne seront plus vraiment les mêmes. Peut-être parce que le punk finira par supplanter les holly sixties, que les seventies finiront dans le caniveau médiatique des grands shows FM. N’oublions pas l’année (vinylique) 1970 avec son saxo déchaîné, petite digression free jazz dans l’univers musical de nos petites frappes apatrides. Gardons en mémoire les guitares éméchées, les hululements scabreux d’Iggy, les chansons, la révolution. Tout quoi. Ce bon vieux satané rock’n’roll des familles qui se sont crashées dans la nuit éberluée de LA. Loin de la maison, loin du Fun.