La French Touch, l’appellation d’origine contrôlée, a fait le tour du monde aussi vite que l’aurait fait le Concorde s’il avait été encore en service. Et elle n’a de cesse de nous revenir à chaque fois que sort un nouvel album. Et de nous dire comme Dimitri From Paris en 1997 : Sacré Français ! Râleurs, de mauvaise foi, rudes avec les touristes qui pourtant nos adorent, nous sommes de sacrés Français et pas ceux que vous croyez. À l’heure d’été où le duo Double Françoise s’apprête à livrer dans les bacs digitalisés un nouvel EP, annonciateur on l’espère d’un prochain album, une certaine élégance bien de chez nous s’impose, un je ne sais quoi, un charme hexagonal dont ce groupe possède lui aussi la formule magique.
Et ce constat ne tient pas seulement aux quelques références distillées çà et là, le TGV qui fait la fierté de notre industrie par exemple. L’efficacité de Double Françoise repose sur la parité absolue entre la beauté, pénétrante comme une ondée, suave comme une éclaircie sur le bocage, d’Elisabeth dont le prénom à lui seul évoque des rêves préraphaélites, et l’orfèvrerie mélodique assemblée par Maxence avec la patience de l’horloger qui n’était pas de Saint-Paul. L’une se ressent jusque dans la chair à l’écoute de Trop ou pas assez qui fait songer à l’album parfois oublié de Millenium en 1968. L’autre surgit comme un inédit de la BO de la Boum et s’appelle fort malicieusement Allumeur. Oui, cet EP nous allume, nous pique et convoque des plaisirs simples. Il n’a au fond pour ambition, au-delà d’être une carte de visite annonçant un prochain rendez-vous, que de nous divertir, de dessiner sur nos visages usés par les actualités un joli sourire en virgule.
N’est-ce pas au fond le but premier de la pop ? Nous transporter dans une fantaisie, un monde imaginaire quoique parfois inspiré de notre quotidien, le temps de deux minutes et quelques trente secondes ? On pense alors aux labels tels que la Motown ou Stax, ces véritables usines à tubes qui fonctionnaient alors à plein régime, nous étions au mitan des années 60 et la jeunesse aimait autant danser que pleurer, fondre littéralement en découvrant ces histoires d’amour en miniature. La Poursuite, le titre du EP, c’est un peu la poursuite d’un idéal pop auquel les groupes croient en toute bonne foi. Une quête mystique et réelle à la fois, ancrée, parce qu’elle se fonde sur un credo, des tables de la loi mélodiques. Et c’est là où Double Françoise réussit son pari. Proposer une musique séduisante en diable, immédiate, évidente mais raffinée, recherchée, aboutie.
Et l’emprunt à Katerine, tout en restant très pertinent, harmonieusement placé dans la tracklist, ne fait pas oublier le talent créatif de ce duo de charme, à la ville comme à la scène. Ce groove est sympa, et plus si affinité ! Et des affinités, il y en a.
Double Françoise, La Poursuite (Freaksville)