Liberté, j’écris ton nom !

par Adehoum Arbane  le 02.06.2026  dans la catégorie A new disque in town

Prendre le temps. On ne l’a que trop pris par rapport à l’actualité. Opérer une distance entre le récit officiel et le ressenti. Laissons de côté les dossiers de presse. Au fond, la musique ne se dicte pas, n’est en rien injonctive. La musique c’est, dirons-nous, un malentendu. Comme dans les rencontres. On croise un album, on décide de s’y arrêter. Plus ou moins longtemps. Avec curiosité ou non. Rien n’est défini. Il n’y a pas de règle. On se laisse attraper par un disque. C’est un effet de surprise. Une relation non voulue entre le cœur, la chair qui sont frappés, saisis et le cerveau qui, dans un second temps, rationalise tout cela. 

Pour autant, nous avions été prévenus, avertis même. Dès le titre. Daisy Lambert pour Désir Lambert. On désire un artiste, on veut qu’il revienne. Qu’il frappe à nouveau à notre porte avec un pli en main. ATTRACTIONS, au pluriel et en lettres capitales comme un WARNING imaginaire. Attention, va y avoir attraction, avec un « s » car le phénomène se répètera à chaque chanson. C’est la loi insidieuse de ce projet de longue date aux dires de son créateur. Par projet – le terme pourrait paraître creux – on entend par là un album où toutes les options sont possibles. Open bar de l’inspiration. ATTRACTIONS se conçoit, non comme une simple accumulation de morceaux, mais comme un terrain de jeu artistique traversé de chemins, d’autoroutes sans signalisation. Daisy qui a créé ce monde de bitume, prend en route des invités sans stopper son bolide. Il suffit d’ailleurs de regarder le visuel de la pochette pour saisir cette folle réalité, cette envie de liberté où les flûtes se mêlent aux synthés, où les bruits captés dans la vie de tous les jours s’ajoutent à des citations enregistrées. Daisy Lambert réalise ce que ses pairs ont théorisé : le studio EST un instrument. Pas moins. Aucune idée ne doit rester sur le bord de la route, abandonnée à elle-même, mais elle doit au contraire faire partie de l’aventure au risque de générer un joyeux foutoir. Cette vision artistique a deux vertus. 

La première est d’offrir au musicien le luxe d’échapper à ses références, à ses inspirateurs. Lambert a tué les pères. Fortiche. Jouissif. La seconde est de transformer un simple disque physique ou fichier FLAC/mp3 ou stream en expérience totale, à part entière. D’autant qu’avec treize titres et cinquante-deux minutes et des poussières de musique, on pourrait se perdre, se lasser, lâcher l’affaire. Mais là, on lâche prise. On s’abandonne. On accepte tout, l’autotune, le mariage du mellotron et de la guitare slide, les refrains en forme de slogans définitifs. « Moi je pense qu’il ne faut pas mourir idiot, je teste des trucs, je vis des trucs. Au moins, j’aurais essayé, quoi. » Tout est dit par Daisy. De simples paroles métamorphosées en credo. En manifeste. Il y aussi ce côté album synthèse, œuvre-somme. Sans se soucier de la cohérence, alors que c’est précisément cette vision absolue qui confronte tous les genres de la pop, qui vient restaurer l’harmonie. Il y aussi l’élégance avec ces lignes de basses enturbannées, ces associations poétiques, « vers le grand Valhalla », « dans les rêves abyssins… dans les Cyrus de satin… dans les villes diluviennes ». Même le grand Serge n’a pas écrit cela. On en vient à penser qu’il n’existe aucune réelle concurrence à Daisy Lambert, il ne faudrait pas qu’il prenne la grosse tête. Pas son genre. Tant l’artiste reste discret, presque irréel. Sorte de Xavier Dupont de Ligonnès de la pop, mais sans meurtre bien sûr. La Disparition d’un Perec. Un autre fantôme de Canterville. Disparaître pour mieux réapparaître dans un horizon sonore fait de flamboyance et de saillies lyriques. 

Music Airlines. C’est au fond le titre, peut-être la chanson, qui résume le mieux cet album qui vous embarque, pilote hôtesses et pilote compris mais sans autre passager que vous-même et peut-être vos impressions, vos perceptions floydiennes, floridiennes, votre vague à l’âme cautérisé le temps du vol, encore que, ses ressacs demeurent bien présents. En effet, si la mélancolie n’est pas tant la destination, celle-ci vous accompagne. Formidable idée que de faire chanter à une autre artiste, « Toi, le musicien. » Dans son jet privé en route vers les étoiles, Daisy Lambert a inventé le Capitainisme Libéral. 

Daisy Lambert, ATTRACTIONS (OK Boomerang)

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https://www.youtube.com/watch?v=2EOq1DPamq0

Crédits Renaud Blanc Bernard

 

 

 

 


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