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Chapitre 5, suiteLe petit matin s’engouffre à travers les veines fendues des volets en bois, pas besoin de réveil, d’horloge, seul comptent les pigments du jour, rouge et or. Nous décidons de demander asile à ces havres naturels, au cœur même des jardins qui permirent à Grenade de s’époumoner pendant des siècles. La chaleur est lourde à Grenade, aussi les andalous aiment se rafraîchir à l’ombre des sources dessinant leurs motifs à travers la dentelle des feuillages. La lecture pourrait être considérée à juste titre comme une distraction nationale à laquelle on goûte longuement, comme un vin à la fois velouté et capiteux. Je sortis de mon sac le livre qui avait reçu mes grâces et qui accompagnerait cette semaine de repos et de respiration intellectuelle, une œuvre de futilité, accessible, simple : un bouquin sur le rock allemand des années 60-70.

19-12-2007 | Envoyer | Commentaires (1) | Lu 3630 fois | Public

Chapitre 5 :
Chemins vicinaux
Grenade, Chateaubriand et le rock allemand

Mélange des gens et des genres
L’avion vient de se poser sur le tarmac brûlant, l’Andalousie est à ce prix, une terre incandescente, solarisée. Nous descendons ma petite amie et moi, l’air est moite. Le désert espagnol nous appartient, le voyage commence alors dans la dilatation des heures sous quelques degrés plus bas, d’un point de vue géographique, et beaucoup plus haut d’un point de vue météorologique. Je passerai sur Séville, Cordoue pour en venir au point crucial du voyage, un Eden resplendissant appelé Grenade. Lovée à flanc de montage avec la Sierra Nevada en arrière-plan, rideau de roche poudré s’estompant dans l’horizon invariablement bleu, la citadelle maure s’épanouit dans la fraîcheur cristalline de la Darro qui sépare l’Albaicin et le fier promontoire sur lequel trône l’Alhambra, palais des princes musulmans, surplombant la ville moderne. Ce paysage semble fait de vibrations...

19-12-2007 | Envoyer | Commentaires (2) | Lu 2525 fois | Public

Chapitre 4, deuxième partiePuis, une courte pause avant que Sourya ne déboule en force, oui je trouve que l’adjectif leur va comme un gant de cuir surpiqué et piqué au bouquin de Michael Leigh, The Velvet Underground, une enquête aussi hasardeuse que vénéneuse sur les déviations sexuelles des ménagères américaines des banlieues. Le groupe s’installe et j’entends sourdre dans le magma de l’électronique vrombissante une clameur intense, une impatience à peine feinte, Sourya est une jeune formation désirée. Le set démarre enfin et alors que tous se mettaient machinalement en mouvement un constat me vint à l’esprit. Sourya peut être légitimement classé dans la catégorie Hypnotic Sprectral Abrassive Pop Rock Psychodark & Robotic. Putain, ces mecs sont fous, ils synthétisent le temps d’une performance, je dis bien d'une performance, tout ce que la pop musique a pondu en 47 ans de bons et loyaux sévices. La transe commençait à gagner la foule qui secouait ce corps de glaise alors que les sonorités sculptées s’évanouissaient à mes oreilles, comme les filles, elles, qui se pâmaient dans un ondoiement de jupes légères.

12-12-2007 | Envoyer | Commentaires (2) | Lu 1767 fois | Public

Chapitre 4 :
Show case au Zèbre
The Agency with Sourya
Robots après vous
Quelques jours plus tard, alors que Sandoz ne donnait plus aucun signe de vie, je reçus un curieux paquet soigneusement ficelé et accompagné d’une carte de correspondance. Sur le papier vélin une élégante écriture sillonnait les moindres rainures apposant ici et là un trait vif dont le bleu intense et presque noir semblait scintiller. La dernière goutte d’encore avait fait exploser cette signature bi syllabique, Marie, une amie de mon compositeur favori, Carl-Baptist Von Rhodes. Je déballais la surface incroyablement tendue, lisse et plate, tenant entre mes mains, au bout d’une interminable seconde figée, quasi statuaire, la superbe édition vinyle du single de Xu Xu Fang, These Days, dont la pochette en carton précieux offrait à mon regard ébahi le magnifique visage iconique d’Uschi Obermaier, célèbre mannequin allemand qui fréquenta longtemps la bohème berlinoise. Marie était notre intermédiaire et ses talents de négociatrices de l’underground nous avaient valu ce présent inestimable, Le Los Angeles Times n’avait-il pas d’ailleurs justement écrit à leur sujet « See Xu Xu Fang now, before we lose them. », à défaut de les voir, nous pouvions aujourd’hui les écouter.

12-12-2007 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 933 fois | Public

Chapitre 3, quatrième partie
Mardi, 9h00. Le radio-réveil me tira de mes turpitudes nocturnes et autres rêveries psychédéliques par un riff imparable, une pluie d’étoiles en guise de petit matin radieux, dessinée par une guitare au son gorgé de réverbération, superbe. Le nom du combo, scandé par le programmateur radio, l’excellente station Perfumed Garden, sonna comme un doux rappel : Cosmic Charlie, comme le titre des Grateful Dead. Ils étaient parisiens, mais semblaient sortir d’un squat hippie au cœur de Haight-Ashbury, les chœurs portaient haut leur référence californienne façon Pride of Men de Quicksilver Messenger Service, cavalier vif-argent qui fendit l’air de Frisco en l’année 1968 comme une flèche étincelante au préalable trempée dans le poison précieux de l’électricité dissonante. Stoned Dreamer, trip opaque et nébuleux, entraînant comme une cavalerie déboulant plus tôt que prévue, pour danser avec les Indiens une sarabande psychédélique. Trois autres singles déboulent claquant comme un lasso de cow-boy sous acide dévalant des plaines multicolores dans une ligne de fuite snifée, dérapage d’étoiles à l’horizon avec des chants de chercheurs d’or, des litanies miraculeuses de quakers en plein trip, les mormons ont dépenaillé leurs âmes bien faites pour l’office alchimique.

05-12-2007 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 919 fois | Public

Chapitre 3, troisième partieLes sept montures se mirent à chanter, les voix portées par une sombre mélopée aux guitares spatiales ouvrant dans l’espace des vortex soniques, le portrait de Kate surnageant au-dessus de l’épais nuage électrique d’un timbre marmoréen, solitaire, inflexible, linéaire, brumeux. These Days, incantation magique qui revenait sans cesse en boucles hypnotiques, ces jours semblaient joyeux, doux mais aussi inquiétants, désespérés, vrillés par la pesante incertitude du temps. Les sons étaient drogués, puissants, anxiolytiques, puis les derniers échos s’évaporèrent dans la tessiture des minutes. J’entends dire depuis des années, « oui, le rock est mort », « L’agonie va bientôt prendre fin » et là à l’écoute de ce morceau, de These Days, incroyable odyssée dark rock, je me dis en moi même que le mot inventé par Alan Freed sur les ondes américaines, quelques 50 ans plus tôt, n’était pas près de se taire, la révolte juvénile est un concept éternel. Demandez donc à Iggy Pop si le rock est enterré ?... Le morceau venait de s’achever (pas le rock !), et dans un hennissement maîtrisé, Bobby prit la parole pour nous présenter les membres de sa formation installée à L.A., California. Le fougueux leader des Xu Xu Fang était un homme, enfin, un cheval jeune et élégant, très courtois, peu avares de ses mots. Nous échangeâmes pendant un moment dont l’élasticité rappelait les épreuves que les drogues musicales font subir au temps, au cerveau, à la conscience de tout percevoir dans une forme de dilatation sidérée, artificielle mais au combien spirituel, l’homme est perpétuellement en quêtes de nourritures abstraites comme les poèmes de Nietzsche, les réflexions de Platon et la défonce made in Los Angeles...

05-12-2007 | Envoyer | Déposer un commentaire | Lu 979 fois | Public

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