10 ans et après ?

par Adehoum Arbane  le 27.01.2026  dans la catégorie C'était mieux avant

Ten Years After s’est toujours rêvé plus grand qu’il ne fut. Malgré les honneurs que lui firent les programmateurs du festival de Woodstock et une performance, disons-le, mémorable. Ce I’m Going Home mené de mains de maître par Alvin Lee, leader du groupe, et qui lui valut la réputation de guitariste le plus rapide au monde. Et ce dans un secteur où la concurrence était rude. Pour autant, il a toujours manqué à TYA ce petit quelque chose qui l’aurait propulsé au panthéon où figurent Hendrix, Neil Young ou Led Zeppelin, pour ne citer que ces monuments électriques. Et ce malgré l’ambition affichée. Tenez… 

Prenez la pochette de Cricklewood Green, cinquième album du groupe sorti le 17 avril 1970. Si l’on se risque à l’ouvrir, on découvrira à l’intérieur un superbe dessin, bien dans l’esprit psychédélique de l’Amérique de la fin des sixties, représentant les musiciens et leurs instruments. Au-dessus, un mot d’Alvin Lee à l’intention des auditeurs. Le musicien y explique comment le groupe a réalisé son rêve, à savoir enregistrer dans les prestigieux Olympic Studios de Londres. Sont passés par là les Stones, les Beatles, les Who, Traffic et Procol Harum. Lee devait se dire qu’il y planerait un esprit créatif, que ce lieu deviendrait l’endroit de tous les possibles. D’ailleurs, le groupe y teste l’appareillage électronique, une série de synthétiseurs qui vont lui ouvrir de nouveaux « horizons » créatifs. Une telle hauteur de vue, une forme aussi solennelle laisse présager LE chef-d’œuvre indépassable. Qu’en est-il ? Cricklewood Green pourra doucher les espérances les plus légitimes. Et pour cause… Ten Years After propose, malgré les premières secondes aventureuses – ? – de Sugar The Roadun rock typique de son temps, carré et massif, bien fait de sa personne. Le titre cité fait d’ailleurs songer à du Steppenwolf. L’analogie n’est pas honteuse. Cependant, on constate à quel point Alvin Lee reste un chanteur lambda, sans couleur, presque en deçà de la musique qui se joue ici. Working On The Road ne démérite pas avec sa trame en cavalcade électrique à laquelle nous n’arrivons pas à échapper, dixit le refrain qui ouvre une brèche mélodique, osons l’écrire. Le titre de 50,000 Miles Beneath My Brain offre une promesse, et la voix de Lee, plus alanguie, cajoleuse convient mieux au tempo quasi psychédélique du morceau dont la durée permet au musicien de s’exprimer au mieux. D’autant qu’un clavecin fait son entrée. Le fait que le rock reprenne ses droits – ceux de TYA – ne gâche aucunement le plaisir de la découverte. C’est la pièce maîtresse de cette première face qui se termine sur le faussement country Year 3,000 Blues dont le titre laissait présager une suite glorieuse au morceau précédent. 

Face B, le groupe reste bien confortablement assis dans le registre bluesy qui a fait son succès, mais qui ne brille guère l’originalité. Seule la transition jouée à l’orgue avec la chanson suivante s’avère la bonne idée car on parle du hit Love Like a Man. S’ouvrant sur un riff simple ingénieux doublé par le clavecin et l’orgue et le motif mélodique qui sera repris sur le refrain, la chanson séduit d’emblée. Elle offre surtout par sa structure efficace un terrain de jeu idéal pour Alvin Lee qui ici profite au contraire du temps pour s’exprimer. La montée progressive – et véloce – nous mène tout droit à l’explosion finale où le retour du thème se voit accompagné de chœurs et de ponctuations électriques triomphales. Oh surprise, le groupe nous gratifie avec Circles d’une très belle ballade acoustique dans le plus pur style « hippie music ». On enchaîne avec le louvoyant As The Sun Still Burns Away dont l’introduction tout en feulements vocaux et électriques emmène le groupe en terre inconnue. La chanson n’est pas fondamentalement psychédélique, elle s’éloigne pourtant du blues et l’ajout de l’électronique lui confère une tonalité particulière. On songe à ce que fait alors, la même année, Spooky Tooth avec Pierre Henry, sans atteindre la même intensité incantatoire et la même violence rock. 

Alors, quel est ce je ne sais quoi dont Ten Years After a manqué ? Le génie ? Sans doute. L’inspiration ? Peut-être. Le songwriting ? Assurément. Ten Years After appartient à la seconde division rock malgré les efforts, le goût, l’envie. Restera ce Love Like a Man à deux doigts d’être mythique mais que l’on retrouvera dans bon nombre de rétrospectives. Le critique Robert Christgau écrira de belles choses sur ce groupe un peu méprisé et gratifiera Cricklewood Green d’un très honorable B-, note assez enviable s’agissant de cette plume implacable et acrimonieuse, peu diserte et souvent cruelle. Le contraire de Ten Years After. 

Ten Years After, Cricklewood Green (Deram)

cricklewood-green-.jpg

https://www.youtube.com/watch?v=-cfQZg6GGXI

 

 

 

 


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