Lemon Twigs à la Cigale, rock dream

par Adehoum Arbane  le 15.04.2019  dans la catégorie Interviews & reportages de Shebam

Quand on est contraint de revendre sa place pour un groupe qu’on rêvait de revoir en concert, le mieux est encore de garder son sang-froid et de réfléchir un instant. Plus précisément d’imaginer ce qu’aurait pu donner ladite performance, telle qu’on l’espérait. Place au rêve, donc. En allant d’abord puiser dans la vieille malle de ses souvenirs, le soir où le groupe présentait son premier album sur scène. Timidement d’abord puis, au fil des minutes, avec une confiance qui allait leur donner des ailes. 

Nous sommes le 4 mars 2019, et le mauvais temps est à nouveau de sortie. Pas grave, on sait que le soleil de Californie va bientôt napper la vieille capitale de ses rayons estivaux. La Cigale fourmille déjà de curieux venant sentir l’humeur pop de ces trois dernières années. Passé le cap ennuyeux de la première partie, la fratrie accompagnée de son Band déboule sur scène sous un tonnerre d’applaudissements et de Yeah enthousiastes. Silence puis éclate le premier titre joué, qui est le premier de leur nouvel album, Never In My Arms, Always In My Heart. On est dans l’ambiance. Comme à l’accoutumée mais sans doute avec davantage de confiance, les frères D’Addario s’échangent les rôles, et les instruments donc. Les brindilles enchaînent avec Foolin’ Around, rock gouailleur et stonien publié sur leur précédent EP. Puis vient Small Victories, l’un des nombreux moments forts de Go To School. Et là, le concert bascule. Comme sous l’effet des trompettes de Jéricho, Les murs s’écroulent, tout du moins des pans du décor tombent laissant entrevoir de longs cors ornés d’oriflammes, comme dans les films de chevaliers. Comment dire mais à ce moment précis, on se croirait presque dans les séquences animées de Monty Python Holy Grail. Quand les premiers riffs de Rock Dreams éclatent, c’est la folie. Surgit sur scène Todd Rundgren. Logique, il jouait sur l’album. Mais là, c’est un Todd rajeuni, régénéré qui se pavane en chantant avec les deux gamins. On a beau fermer et rouvrir les yeux, se pincer pour savoir si l’on rêve, la réalité de la scène, aussi délirante soit-elle, saute aux yeux en même temps que les musiciens. On passe à This Is My Tree qui voit défiler des arbres vivants, un peu à l’image des Ents du Seigneur des anneaux. I Wanna Prove to You est l’occasion de revenir aux sources du premier album, ce qui n’est jamais un mal. Au contraire. Idem avec The Lesson et Hi+Lo. Puis les frères de la destruction balance Light and Love, These Words et le single pré-Go To School, Tailor Made. Baby, Baby se veut une pose avant d’entrer dans le long tunnel final. Queen of My School, Home of a Heart (The Woods), The Fire – qui voit la scène prendre feu – et As Long As We’re Together emportent tout, et l’adhésion du public et sa dignité, les filles dans un instinct post-metoo un peu grandguignolesque se dessapant illico dans un simulacre de baisade woodstockienne. Au fur et à mesure que les morceaux passent et que la température monte, la topographie des lieux semble changer comme si la salle n’était rien d’autre qu’un Rubik’s Cube géant. Spectacle désarmant, fou qui donne l’impression de se replonger dans Le merveilleux chef-d’œuvre de Séraphin, ce livre écrit et illustré par Philippe Fix. Un petit coup de Google et chacun comprendra la métaphore. On y découvrait Séraphin, génial inventeur, et son copain Plume transformer une vieille bâtisse héritée de leur tante en palais baroque. On pouvait même voir en couverture une machine à musique aussi énorme qu’improbable, une sorte d’orgue fait de caisses-claires et de trombones, de bassons et de trompettes, le tout électroniquement reliés à un clavier que n’aurait pas renié Klaus Schulze ou Todd Rundgren, tiens. Il fallait bien le rappel de If You Give Enough pour redescendre sur terre. 

Concert achevé, et son auditoire avec. Tout le monde regagne ses pénates. Les yeux enlarmés, le cœur gonflé, l’âme chamboulé. Alors rêve ou réalité ? À chacun de se faire son avis ou de se dire qu’au fond, la musique possède cette étrange pouvoir de stimuler l’imagination, et de tordre au passage la réalité, de la plier à sa volonté. Chapeau bas de monsieur loyal, les enfants, les brindilles, les ricains comme disait le grand Sardou (dans un rêve on peut tout dire). Et à la revoyure. La vraie. Très vite. 

La Cigale, 4 mars 2019 - Setlist :

Never In My Arms, Always In My Heart

Foolin’ Around

Small Victories

This Is My Tree

I Wanna Prove to You

The Lesson

Hi+Lo

Light and Love

These Words

Tailor Made

Baby, Baby

Queen of My School

Home of a Heart (The Woods)

The Fire

As Long As We’re Together

Rappel :

If You Give Enough

 

 

 

 

 

 


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