Tame Impala, la malédiction du 3

par Adehoum Arbane  le 04.05.2015  dans la catégorie A new disque in town

Que nous disent les deux derniers singles de Tame Impala ? Ils nous rappellent à quel point la production actuelle, à la fois pléthorique et incessante, disparaît aussi vite qu’elle a surgi. Passer le cap du troisième album sans décevoir, en maintenant un certain niveau de qualité – voire en allant plus loin –, est devenu chose rare. On se souvient du cas MGMT qui, malgré ses indéniables mérites, avait déçu jusqu’à ses plus indécrottables thuriféraires. Mais qui se rappelle de Vampire Weekend, Two Doors Cinema Club et autres avatars modeux, disparus corps sans âme dans les grands trous noirs de l’Oubli Contemporain. Tame Impala semble aujourd’hui échapper à cette malédiction, en témoignent donc les deux extraits de son prochain opus, intitulé Currents. Kevin Parker, son ingénieux leader, poursuit sa quête musicale, indifférent aux clameurs médiatiques, persuadé finalement d’être dans son bon droit. Car à en juger par Let It Happen, le tournant semble radical. Il avait cependant débuté sur Lonerism où l’aspect power trio hendrixien cédait place à une pop plus ambitieuse, léchée dans sa conception et ultra produite. Pour son troisième chapitre dont voici l’éblouissant prologue, Tame Impala embrasse l’idiome électronique, allant jusqu’à singer ses propres gimmicks, souvent insupportables chez les autres. Mais à Kevin Parker on pardonne tout. S’il emprunte effectivement des voies déjà balisées, marquetées d’effets clinquants, mille fois entendues avant, ce premier effort – sept minutes et quarante neuf secondes quand même ! – n’en n’oublie pas son miel ; la mélodie. Même simple, celle de Let It Happen impose ses sortilèges et artifices nouveaux, bien qu’incarnée superbement par le timbre authentiquement lennonien de Parker. En bon élève, Kevin ne passe pas par pertes et profits son bréviaire psychédélique. Le morceau s’articule autour d’une ligne en constante progression autour de laquelle il vient tresser des accords de guitare, de claviers, des beats et une basse – totale sixties doit-on le préciser – que les chœurs viennent enrober comme un nappage sur une friandise. C’est son penchant pop. Et ainsi, ce qui aurait pu n’être qu’un bête mixe électro se transforme en épopée futuriste décalquant ses habiles couplets et refrains sur une trame résolument dansante. Même le Vocodeur passe comme une lettre de rupture à la Poste. Puis vient ‘Cause I’m A Man. Sur fond de tapisserie synthétique, une basse roucoulante et quelques claviers eighties se promènent derrière la voix vaporeuse de Kevin jusqu’au refrain, hyper cool quoique cisaillé de guitare. On jurerait entendre un Marvin Gaye de la fin des seventies. Plus lent, voire fainéant, pris dans je ne sais quelle mélasse sunshine soul, ‘Cause I’m A Man possède pourtant son charme, peut-être aussi parce qu’il sonne moins tapageur que le précédent single. Entre l’Alpha de Let it Happen et l’Omega de ‘Cause I’m A Man, Kevin Parker prouve à quel point il est un musicien éclectique, ouvert, spirituellement en accord avec son Temps qui, lui, fait écho à tous les autres ! Currents promet donc d’être une grande messe sensorielle, bien plus qu’un trip psychédélique au sens californien du terme. Quelque chose d’hors norme, de multidimensionnel comme pouvait déjà l’être l’introduction parfaite de Lonerism avec son trio gagnant Be Above It-Endors-Toi-Apocalypse Dreams. À l’heure où l’on célèbre Bowie à la Philharmonie, on pourrait finalement oser la comparaison – l’effet de surprise artistique en moins. Comme si Parker avec Tame Impala passait de Space Oddity à Ziggy Stardust pour ensuite glisser, imperturbable et impérial, vers Station to Station, Low… La voie royale. En renvoyant les duos casqués, les didejés et autres figures convenues de la sous-culture club dans les cordes puis, dans un ultime et cruel rebond, dans le réduit ignominieux de remugle acide d’aisselles esseulées, usées, flasques, de leur vestiaire. Sur le ring, triomphe tranquillement le tout jeune Kevin Parker. Pour cause, il a déjoué la malédiction du troisième album. 

Tame Impala, Let It Happen-‘Cause I’m A Man (Interscope)

Let It Happen.jpg

https://www.youtube.com/watch?v=Kyic0eOWH7o

https://www.youtube.com/watch?v=EyEB2AEqHxc

 

 

 

 


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