Nilsson, we can’t live without you

par Adehoum Arbane  le 19.01.2015  dans la catégorie C'était mieux avant

Harry Nilsson est un peu le Alain Juppé de la pop. « Le meilleur d’entre nous » auraient  clamé les Beatles, John Lennon en chœur. Pourquoi un tel orfèvre n’a jamais eu – hormis quelques singles bien placés – la reconnaissance que son œuvre – certes contrastée – a pourtant amplement méritée ? Dès l’année 66, il se tenait prêt. Déjà. Attendant que le public l’adoube. Six printemps, six étés le sépareront de la standing-ovation populaire. Avant d’être dévoyée dans un boursoufflement émotionnel indigeste par une Maria un peu trop carrée, Without You fut d’abord une tendre balade écrite et interprétée par Badfinger, poulains des Fab Four. Entre les mains de Nilsson, la chanson va atteindre des sommets dramaturgiques que la production, quasi panoramique, va transcender. Let’s start again. À ses prémices, c’est-à-dire en 1966, la geste Nilssonienne est encore timide. Tout juste s’accorde-t-elle à suivre, sur le premier effort Spotlight on Nilsson, les canons d’une soul pop marouflée sur un mur de son. L’année d’après sort Pandemonium Shadow Show, sa première vraie tentative discographique. Bien qu’elle soit constituée en grande partie de reprises, le jeune homme y témoigne d’un goût sûr pour les arrangements baroques et tarabiscotés. Without Her à la troublante symétrie avec Without You est son premier chef-d’œuvre, délicat, presque discret tant il touche à l’ineffable. Les autres compositions de sa plume ne sont pas en reste et il convient de souligner la maturité si tôt acquise sur Ten Little Indians ou 1941 dont les premières mesures rappellent God Only Knows de Brian Wilson. Malgré l’excellence de la chose, l’encéphalogramme critique reste plat. On lui préfère bien entendu les Beatles mais aussi de jeunes duos rivalisant d’ingéniosité pour plaire au plus grand nombre – dans le genre folk ouvragé citons Simon & Garfunkel. Sans rien perdre de son ambition, Nilsson se remet en selle en cette fin 1967 qui le voit investir à nouveau les studios RCA Victor. Rick Jarrad, l’homme de la rennaissance du Jefferon Airplane, est aux manettes. Aux premières lueurs de l’année 68 Aerial Ballet atterrit dans les bacs. Douze des morceaux sont signés Nilsson, le Lp ne compte qu’un reprise, Everybody’s Talkin de Fred Neil, qui figurera dans la bande originale de Macadam Cowboy. Limpide, enlevée, fraîche comme une rosée de printemps, cette chanson est un must qui, hélas, va quelque peu éclipser les autres titres de l’album. Dommage car ce ballet aérien s’avère une complète réussite tant formelle que dans le songwriting. Comment ne pas tomber sous le charme certain de Good Old Desk, Don’t Leave Me aux accents bossa, Together rivalisant avec le meilleur McCartney ou I Said Goodbye To Me. Quant à One, il s’agit de l’une des compositions les plus abouties du maître. Minimale et puissante à la fois. On ressort traumatisé ne serait-ce que des vingt premières secondes. Relativement courtes, ces treize chansons éblouissantes relèvent de l’instantané, loin des excroissances guitaristiques auxquelles l’époque est en train de nous habituer. Ce qui avait valu à Tom Nolan son fameux titre dans le magazine Eye, "Bittersweet Romantics in a Hard-Rock Candyland". C’est également pour cette raison que Nilsson constituera son petit bataillon de fans transis en Angleterre et plus particulièrement parmi les quatre de Liverpool. Aerial Ballet est à n’en point douter son chef-d’œuvre, album d’un pointillisme fort peu américain dans l’âme mais dont l’éclat demeure encore aujourd’hui intact. Malgré les passages du temps, ses ressacs inévitables, malgré les révolutions sonores que vivra la pop, le disque lui n’a pris une ride. L’année suivante, les vumètres de la notoriété commencent à s’affoler avec son quatrième album, le sobrement nommé Harry, qui continue d’associer reprises au cordeau et composition personnelles. Les années soixante-dix, décennie des singer-songwriters, arrivent déjà et Harry Nilsson y prend naturellement sa part, tout comme son copain Randy Newman. Retour en grâce de sages qui portèrent loin leur idéal. Un peu comme Alain, demain. 

Harry Nilsson, Aerial Ballet (RCA)

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http://www.deezer.com/playlist/597181735

 

 

 

 

 

 

 

 


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