Ariel Pink et la grande lessiveuse pop

par Adehoum Arbane  le 11.11.2014  dans la catégorie A new disque in town

Ariel Pink ou ce grand mashup conviant tour à tour dans sa parade rose le fantôme de Zappa et l’esprit des Mothers, Todd Rundgren, Henry The Horse, John Carpenter, Cure, Walt Avery et Tex Disney, Klaus Nomi, Bowie, Alice ‘Bob Ezrin’ Cooper, Gargamel, David Peel, Les Drifters, Monkees, Ohio Express et au passage toute la team Jeffrey Katz-Jerry Kassenetz… On est obligé de s’arrêter en chemin. La liste serait infinie. À dire vrai, il n’y a rien d’étonnant à cela. Ariel Pink n’a eu de cesse de nous habituer aux partis-pris les plus étranges qui soient. On ne sait d’ailleurs si sa discographie tient de l’œuvre sérieuse ou du foutage de gueule permanent. Cela n’a guère d’importance car le savoir-faire est là. Réel. Malin. Drôlement bien foutu même. Avec ses moments de franche déconne – parfois sottement expérimentale – et ses petites mélodies proprettes que l’on picore goulument comme dans un inépuisable paquet de friandises. Impossible dès lors de dresser la chronique de Pom Pom par le menu en s’attardant sur une chanson, un solo, une idée tant l’album s’apparente à un objet, celui de toutes les curiosités. Hors-norme par sa taille, hors cadre de par l’inspiration, aussi tordue qu’un échangeur autoroutier imaginé par un urbaniste sous amphétamines. C’est pour cette raison que Pom Pom doit être enquillé en fermant si possible les yeux, en oubliant que la pochette, baignée dans un minimalisme rose grossièrement typographié, relève de la publicité mensongère. On y vient pour son petit côté Barbie, on en ressort éreinté comme à la suite d’un long trip sur Sunset Strip guidé cahin-caha par un Rodney Bingenheimer digitalisé en 1411 kbps. Ariel Pink, de son vrai nom Ariel Marcus Rosenberg, n’est pas à proprement parler un revivaliste ou l’exécuteur testamentaire des sixties. Il est sans aucun doute le dernier Freak américain vivant, fils spirituel de Kim Fowley – qu’il a d’ailleurs convoqué pour ce projet ! –, un poppeux à la folie synthétique nappée sur disque. Mission qu’il prend très au sérieux avec ce brin d’autodérision dont il a fait au fil des albums – nombreux – sa marque de fabrique. Pour s’en convaincre, il suffit de prononcer à haute voix dans un open space garni de collègues encravatés mais prétendument cools les titres de ses dernières chansons qui sont autant de trouvailles poétiques : au hasard Plastic Raincoats In The Pig Parade, Nude Beach A G-Go, Goth Bomb, Dinosaur Carebears, Sexual Athletics, Exile On Frog Street – piqué aux Stones – ou Dayzed Inn Daydreams. Toutes choses qui font d’Ariel Pink l’unique survivant de son espèce. Un artiste bio sans complaisance ajoutée, non formaté, libre dans sa tête. À l’instar de la célèbre formule, le jeune homme ose tout. Connement ? Non, crânement. Car sous cette chevelure californienne de pom-pom girl montée sur patins à roulette, derrière cette bouille de bipolaire jovial, l’excentrique californien offre un autre visage. Celui d’une génération boulimique dégainant les disques comme on passe le joint. À l’image de quelques autres cinglés avant ou pendant lui, il pimente sa relecture du corpus pop à la sauce perso, s’autorisant toutes les options possibles, ne se limitant à aucun genre, passant de la sunshine pop de Put Your Number In My Phone à la new wave de Not Enough Violence, échappé de l’ère glaciaire. Qu’il évolue en rang desserré ou alone, le rockeur de Beverlywood produit en tout point la même musique. Dans Pom Pom, ils sont en fait plusieurs Ariel Pink à écrire, jouer, produire. Schizophrénie garantie ! Ceci expliquant cela : l’aspect gentiment fourre-tout des Lp qu’il sort depuis près de dix sept ans ;  l’absence de reconnaissance mainstream de la part de l’industrie du disque et du grand public ; le culte indéboulonnable que ses adorateurs lui vouent. Alors ressortirez-vous vivant ou même, allez, intact, sain de corps d’esprit après l’écoute de Negativ Ed ou de Jell-O ? Conserverez-vous après le passage entier de ce copieux Lp vos repères, valeurs, votre équilibre tant physique que psychique ? Si vous validez la liste déballée indécemment plus haut, sans doute y parviendrez-vous. Si vous avez déjà laissé trainer vos oreilles dans un album de Ariel Pink’s Haunted Graffiti, vous survivrez à ce dernier. Si vous n’aimez rien moins que les ovnis pop, les chansons non conventionnelles qui commencent en funk de salle de gym de Santa Monica pour finir en space jam oblique, vous tomberez rapidement accroc. Sûrement. Follement. Attention, Magnus Opum.

Ariel Pink, Pom Pom (4AD)

ariel.jpg

https://www.youtube.com/watch?v=TYoQ6WLuMq4

 

 

 

 

 

 


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