Xu Xu Fang, Viper au sein #3

par Adehoum Arbane  le 18.03.2008  dans la catégorie Récits & affabulations
Xu Xu Fang, Viper au sein #3
Une ligne de coke plus tard, Johnny Yen s’était aventuré dans un récit richement documenté narrant avec force détails l’histoire de Gordon Plumkin, représentant de commerce en anus artificiel, qui était tombé amoureux de l’anus naturel de sa femme. L’homme visiblement pris de délires obsessionnels était devenu, au fil des années, complètement fou de ce petit trou avec qui il engageait de longs monologues, hagard, alors que le laid repli de peau, lui, se refusait pour des raisons physiologiques évidentes à lui répondre. À chaque fois qu’il renouvelait l’acte amoureux, il passait tous les préliminaires le nez dans le rectum de sa femme à soliloquer, ce qui rendait la propriétaire au début vaguement sceptique, voire inquiète, puis à mesure que le petit manège continuait de plus belle, totalement ivre de rage, lançant à son homme les insultes plus inavouables, trou du cul était en alors en bonne place dans le classement des pires exemples de la déconsidération humaine. Gordon ne réagissait pas, figé dans un mutisme quasi psychotique, puis un jour, sans doute lassé ou troublé dans sa discussion anale par une épouse à bout de nerfs, il se saisit du couteau du dimanche, celui qui servait à démembrer la dinde, et décapita sa dinde de femme, s’y prenant à plusieurs reprises. Puis, quand le silence revint, il reprit son étrange dialogue avec l’anus écartant avec extase des fesses maculées de sang. Un énorme éclat de rire résonna suivi de petits crissements et je fus abasourdi de constater qu’il venait du chat. L’odieux matou s’étira de sa torpeur, sortit une cigarette du paquet que lui tendit Johnny Yen et l’alluma dans un long miaulement de plaisir. Je songeais aux vertus hallucinogènes de la coke, essayant de justifier la vision stupéfiante qui, sans mauvais jeu de mots, avait traversé mon esprit, mon regard, mes oreilles, toute ma chair frissonnante. Une autre ligne fluide s’écoula dans mon dos. Ondulant sur les genoux du dealer impassible, le chat se mit à blablater entre ses moustaches électrisées par le caractère incongru de la situation sur les vicissitudes de l’existence qui l’avaient longtemps privé d’un tel don, même si la nature bienveillante ne lui avait octroyé que la parole, il disposait de l’essentiel pour parfaire son image de chat de société. Jusqu’à ce nom, Chatrdonnay, délicieux trait d’esprit qui trahissait un penchant largement consommé pour les grands blancs de Bourgogne. L’extraordinaire créature finit par me révéler le mystérieux pourquoi de son talent, le félidé gracieux avait consommé pendant longtemps tant de buvards de LSD qu’il s’était mis à parler, à la façon du chat de Cheshire dans Alice au pays des merveilles, émerveillant sa famille d’adoption qui aussitôt eut l’idée aussi géniale que lucrative d’organiser une série de représentations. Le chat essuya les planches, devenant une diva locale, baladant son pelage sous les tentures des plus grands théâtres d’Amérique. Puis ce fut la lassitude qui succéda à l’ennui, la solitude, l’oubli, puis la déchéance. Chatrdonnay le mal-aimé finit sa carrière comme chat de gouttière, cruel retour de boomerang d’un destin implacable, et devint alcoolique notoire rotant sous les comptoirs les dernières répliques de son ancien répertoire. Quand Johnny Yen se présenta à lui, il n’était qu’une immonde carpette rampante, une épave aux yeux hébétés. Le respectable pourvoyeur de drogues de vie recueillit l’animal, le soigna, le nourrit, pansa ses plaies intérieures. Puis un jour, il lui proposa un deal. Chatrdonnay avait une seconde chance, il l’a saisie d’un revers de patte. Depuis, il faisait son numéro à ses clients dont l’étonnant don de parole suffisait à les convaincre sur la qualité de la came. La réputation du chat parleur le précédait dans chaque faubourg, à chaque coin de rue où les junkies traînaient leur fantomatique carcasse rincée par le mal de came, tant et si bien que la fortune de Johnny Yen se mit à grossir de jours en jours.

À suivre...
 
 
 
 
 
 
 

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