
Et si les petits morveux et les fausses lolitas du Baby Rock n’avaient rien inventé (en plus de leur musique, apparente resucée des meilleurs disques garage anglo-américains des sixties) ? Musicalement, je viens d’en faire la démonstration. Quant au look, aux postures, non le rock n’est pas plus FM que H&M. Il n’empêche, certains canons de la mode pop reviennent sur le devant de la scène, promenant ainsi des jambes de camés admirablement bien gantées dans des jeans au style désormais tendance :
le slim. Ces futales affûtés furent longtemps portés par ce que l’on appelait les
Mods, alors que le
Swinging London vibrait déjà de mille feux. Quelque part entre
1964 et 1966. Les Baby Chamboulent, oui mais peu de choses. Libertines et autres Plasticines n’ont pas inoculé au rock sa dose de Strychnine, malgré les clichés chics et les frasques coke.
Le style s’impose alors à
Carnaby Street, les coupes de cheveux constellant les visages, les vestes cintrées, courtes, les jeans taillés comme des peaux de serpent, les cravates fines prolongeant une silhouette ad hoc… Bien que très minets ou dandies, cette nouvelle génération idolâtre les demi-dieux naissants que sont les
Stones, les
Who, les
Small Faces, les
Pretty Things (pas encore dirty, quoique !). Tous très Slim en cette période
December’s Children.
À l’époque, on pratiquait l’art de la coupe au bol, des franges raides comme les drogues, de la blondeur platine et des chevelures noir de jais. Les petits costumes cintrés n’avaient pas encore laissés place aux tignasses indisciplinées et au jean pat’ d’éph’.
Twiggy n’était pas encore
Iggy. Et la musique était à l’image de la mode, pop, élisabéthaine, libertaire aussi, rageuse souvent, révolutionnaire assurément. Les voix nasillardes suçotaient des refrains frondeurs, effrontés, alors que les murs de la convenance s’effondraient dans un fracas de cymbales. Temps béni où les
groupes anglais donnaient le la de la
production américaine : les
Standells,
Chocolate Watchband,
Blues Magoos et autres
Zoo s’en souviennent encore.
Heart Full of Soul des
Yarbirds montrait déjà la voie (la voix ?) d’un
psychédélisme suave et acide que les groupes US assimileraient quelques mois après, le temps d’un
summer of love embrasé, enfumé, enfiévré.
Pour en revenir au slim, il se portait avec boots… En cuir noir, en velours, en croco, affichant un kaléidoscope chromatique impressionnant… Tout était possible à Carnaby Street. Il y avait un certain panache, quelque chose de
John Steed dans ces
aristo-dandies-rockeurs. Une classe, un flegme. Une nonchalance toute britannique. On croirait reconnaître dans cette description
Ray Davies des
Kinks qui fut l’un des hérauts flamboyants de cette culture Mod où les jeunes hommes portaient chemises
Ben Sherman, costumes
Bespoke, pantalons
hipsters et souliers de créateurs italiens. Bien avant les N**st, les Pl******nes, et autres coups de K*****s (les étoiles ici ne représentant, dieu m’en garde, un quelconque système de notation).
Bien avant les glaciales et lapidaires 80s.
Brian Jones perdu dans sa piscine, visage bleu, candide, figé dans la mort, l’étouffement aqueux des derniers instants. Brian Jones donc restera ce modèle Slim et Glam, cette moue boudeuse, ce regard plissé, nimbé, mystérieux et cette silhouette de fantôme période
Out Of Our Heads et
Aftermath.